Dancing with the Shadows

Yara Bazzoun

Every evening, the sandman waits patiently for Grandma above her bed. And every evening, as soon as her head finally rests on the feather pillow, the sandman sprinkles his magic, instantly carrying her away to the land of dreams. Grandma’s sleep is always peaceful at first. Her eyelids close gracefully, her eyelashes brush her cheeks. Her silvery hair scatters around her face, and wrinkles fade as if sleep has relieved her of a heavy burden.

Every night, Morpheus takes her hand and helps her escape. She often finds herself in a dense forest, from which a reassuring hubbub arises. An oak tree shows her the way. As she moves forward, deeper into the woods, she feels herself become lighter. The rustle of leaves in the surrounding trees soothes her. The wind, whistling in her ears, reminds her that she is no longer alone. Above her, in the middle of the sky, a window. A few thin sun rays attempt, with difficulty, to penetrate through the shutters, causing the shadows to dance around her.

Then, around dawn, when the sun begins to spread its luminous dust over the village, Grandma's sleep stirs. It becomes so agitated that her own snoring wakes her. She lets herself fall heavily on the mattress and lies with her eyes wide open, staring blankly at the ceiling. The smell of the earth, wet from the rainfall, permeates her dreary room. Silence weighs on her. She remains in her bed, motionless, for long minutes or hours - she cannot tell.

As the birds emerge from their hiding place, and announce the beginning of a new day, she crawls from her cradle with difficulty. And, to the sound of the squeaking of her joints, she resumes, weary, life right where she had left it.


Note: The above piece was originally composed in French, and can be found below.

La Danse des Ombres

Chaque soir, le marchand de sable attendait patiemment Grand-mère au dessus de son lit pour la saupoudrer de sa magie. Aussitôt assoupie, il l'emportait au pays des chimères. Ses paupières se fermaient gracieusement, ses rares cils ombrageaient ses joues. Sa pâle chevelure enveloppait un visage dont les rides s'étaient estompées, comme si le sommeil l'avait débarrassé d'un lourd fardeau.

Toutes les nuits, Morphée lui prenait la main. Sereine, elle le suivait dans une forêt dense, transportée par un brouhaha rassurant. Un chêne lui indiquait le chemin. Elle avançait lentement, le coeur à chaque pas allégé. Le bruissement des feuilles l’apaisait, le vent lui soufflait dans les oreilles qu’elle n’était désormais plus seule.

Plus haut, une fenêtre suspendue dans le ciel. Quelques fins rayons de soleil tentaient de s'infiltrer au travers des volets et faisaient danser des ombres autour d’elle.

Vers l'aube, lorsque le soleil commençait à répandre ses premières poussières lumineuses sur le village, le sommeil de Grand-mère s’agitait. Ses propres ronflements la réveillaient, en sursaut. Elle se laissait lourdement retomber sur le matelas, les yeux grands ouverts, d’un regard tentant de percer le plafond. Un rapide coup d’oeil sur sa chambre la rappelait à la réalité. A la réalité d’une existence esseulée, d’une maison inoccupée depuis maintenant plus de dix ans, démeublée et désertée. Vide ; aride ; sans vie. Elle demeurait ainsi, engourdie dans son lit, de longues minutes ou de longues heures, elle ne pouvait le dire.

Puis, lorsque les premiers oiseaux commençaient à chanter le début d’une nouvelle journée, elle s’extirpait hors de son berceau. Et, au son du grincement de ses articulations, elle reprenait sa morne vie là où elle l’avait laissée.

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